Manifs 1-en-4 : la grande Manip pour Tous

Manifs 1-en-4 : la grande Manip pour Tous

Le principe de laïcité menacé par une surenchère de manifestations récupérées par les ultras « pro-vie »

 

Mise en garde des fondateurs du Mouvement Pour Tous sur la manifestation 1-en-4 programmée prochainement, et notamment la première de la Marche pour la Vie, organisée et soutenue par des associations catholiques ultra « pro-vie » : après les massives manifestations laïques, modérées et apartisanes de 2013 et dans un contexte électoral chaotique, une manifestation confessionnelle qui ne dit pas son nom trompe un public de bonne foi et menace le principe de laïcité.

Frigide Barjot, Laurence Tcheng et Xavier Bongibault déclarent publiquement : « Nous dénonçons la récupération et le détournement du message laïc, pacifique et respectueux des droits d’union des homosexuels des rassemblements historiques de 2013. De nombreuses associations, au premier rang desquelles la Manif Pour Tous, par la voix de sa présidente, elle-même directrice de la communication de La Fondation Lejeune, appelle à La Marche pour la Vie 2014 qui milite ouvertement pour :

– L’abolition de l’avortement, alors qu’il faut promouvoir l’adoption de l’enfant à naître quand les femmes sont en détresse, et revenir à la loi Veil de 1975;

– L’abrogation du Pacs, qu’il faut transformer en un contrat d’union civile en mairie pour les couples de même sexe sans possibilité de filiation nouvelle ;

– L’abrogation de la loi de mariage et d’adoption pour tous, alors qu’il faut demander la constitutionnalisation du Mariage Homme-Femme et de la filiation biologique par referendum, et réserver un statut spécifique légal pour le « parent » non biologique des enfants élevés par deux hommes ou deux femmes.

« Nous aussi, comme des millions de Français, nous défendons la vie, qui est systématiquement attaquée dans notre société et par ce gouvernement. Nous le faisons de façon humaniste, non violente et dans la lutte de toutes les discriminations : celle du principe de vie et celles concernant les personnes vivantes. Défendre la vie, c’est défendre l’humain vivant de sa conception jusqu’à sa mort naturelle, dans toutes ses étapes de vie. Et tous les humains, y compris l’homosexuel en couple ou la femme dans la détresse d’une grossesse avortée »

Frigide Barjot, Xavier Bongibault et Laurence Tcheng
– tiennent solennellement à affirmer qu’à aucun moment en 2013, les manifestations millionnaires qu’ils ont eu le bonheur d’animer et d’inspirer n’ont été les supports, en quoi que ce soit, de ces mots d’ordre religieux, opposés à la laïcité républicaine et au respect des minorités.

– mettent en garde contre la dérive populiste qui sera récupérée par le FN ou des élus radicalisés venus de l’UMP.

– affirment que ces manifestations ultras qui utilisent les images de l’année 2013, font le jeu du pouvoir et en particulier du président Hollande qui veut se retrouver seul en 2017 face à Marine Le Pen.

– dans ces conditions, et sous réserve de changement des mots d’ordre abolitionnistes, ils n’appellent pas à participer à la manifestation « ultra »pro-vie de ce dimanche 19 janvier, ni à celles programmées ultérieurement en janvier et le 2 février 2014.

Mélanger  le laïc et le religieux rend notre combat pour l’humain vivant contestable par le pouvoir et menace la démocratie.

Nous déplorons un mélange des genres, entre nostalgie de « nos » manifs laïques et événement à fondement purement religieux, qui aurait dû le rester comme dans les années précédentes.

Car ce serait compter sans le réveil de la communauté catholique, qui irrigue une nouvelle force politique en France. Elle maintient heureusement une pression constante contre la politique vitale et familiale du gouvernement. Mais le temps électoral, par nature laïc, comme la démocratie malmenée par le pouvoir qui excite la radicalisation, devraient pousser à plus de réserve sur les mots d’ordre.  C’est l’inverse qui est recherché volontairement, notamment par la promotion de cet événement qui s’appuie indûment sur des images de foules tournées lors des manifestations laïques des 13 janvier et 24 mars 2013. Nous nous inquiétons de l’ensemble de cette gestion qui fait peser un grave risque pour la paix sociale dans notre pays.

Nous alertons les chrétiens et les catholiques nouvellement apparus dans le débat des citoyens : ils doivent apprendre à se responsabiliser dans leur manifestation publique, éminemment politique, quant à l’excès de leurs demandes d’origine religieuse face au principe de laïcité et à une opinion publique athée ou agnostique qui n’est pas en mesure de les recevoir, et ne les acceptera pas. Par inconscience ou connivence pour certains, ces catholiques font ainsi le jeu des promoteurs de l’avortement et de l’euthanasie qui n’attendent que cette démonstration de toutes les forces « réactionnaires » du pays pour prouver au pouvoir via les medias, et se prouver à eux-mêmes, le bien-fondé de leurs mesures « progressistes ».

Nous en appelons au discernement des responsables religieux qui ne peuvent laisser entraîner leurs fidèles dans ce qu’on leur fait croire être la suite des manifs modérées de 2013, sans mesurer les conséquences politiques que de tels mouvements de foules auront sur la montée des partis extrêmes, de droite comme de gauche. Or, les évêques sont les premiers à appeler publiquement au discernement des citoyens catholiques et assimilés,  sur le vote « populiste ».

Ils doivent plus largement, prendre acte de  la façon dont le gouvernement, dans sa maestria de radicalisation, discréditera devant ces dérives ultras toute forme légitime d’opposition « modérée »  à son programme de déconstruction du vivant.

Dans ces conditions, nous ne pouvons que condamner cet amalgame entre laïc et religieux qui a eu lieu sans consultation des manifestants. Ainsi, la lutte contre l’homophobie que nous prônons  ne saurait être instrumentalisée par un collectif qui présente l’homosexualité comme une menace pour la famille et la vie.

En ce qui concerne l’IVG et les amendements qui viennent en discussion, sur la même ligne qui nous conduit à défendre la filiation biologique grâce au maintien des unions homosexuelles, nous souhaitons, comme en Espagne, le retour à la stricte application de la loi Veil par le maintien du droit d’avortement exceptionnel : une IVG de détresse et non une IVG de confort – ce qu’elle est déjà par le nombre incompressible de 200 000 avortements par an, et qui sera aggravé par la suppression de la notion de « détresse » pour accorder un droit à avorter plein et entier. Nous nous y opposons fermement. Mais à la différence des appelants à la manifestation de dimanche, nous ne remettons  pas en cause le principe de droit à l’avortement. Nous déclarons nous opposer autrement, dans la paix et la bienveillance, pour que ce  ce droit soit, à l’inverse de son aggravation, ramené sous l’empire de la loi 1975, une loi d’exception.

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