Lettre de Virginie Tellenne à Emmanuel Macron

Paris, mercredi 10 mai 2017

Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous adresser toutes mes félicitations pour votre élection à la présidence de la République, même si je n’ai ni fait campagne, ni voté pour vous. Mais désormais vous êtes le président de tous les Français, et par l’onction du suffrage universel, vous êtes devenu mon président. Comme vous nous l’avez dit le soir de votre victoire, vous avez la responsabilité de rassembler l’ensemble des Français, et surtout ceux qui ont d’autres convictions que les vôtres. Aussi, en vous remerciant de ce moment d’écoute que vous m’avez consacré ce matin,  je vous écris pour vous demander un rendez-vous à l’Elysée, comme vous m’y avez incitée lors de notre rapide rencontre.

En effet, la providence a voulu que je puisse me présenter à vous, lorsqu’à la sortie de la messe de Saint-Pierre du Gros Caillou, accompagnant une de vos voisines rue Cler, je me suis soudainement retrouvée devant vous. J’étais là en simple citoyenne électrice qui, par ailleurs, a pu rassembler avec l’aide de l’Eglise en 2013, et représenter médiatiquement durant quelques mois nombre de vos concitoyennes et concitoyens – dans une proportion qui n’a d’égale que votre score de 66% dimanche soir.

De novembre 2012 au 26 mai 2013, ce sont 64 % des Français (sondage Ifop, mai 2013) que j’ai eu l’honneur de rassembler et de représenter dans un mouvement de société qui ne discriminait personne, mais incluait des personnes homosexuelles et des couples de même sexe pour contester en nombre le volet filiation de la loi Taubira. J’ai pu alors m’en expliquer personnellement au président Hollande avant le vote de la loi, le 25 janvier 2013, via l’union civile. Hélas sans succès, comme vous le savez. Après la reprise en main institutionnelle du mouvement citoyen, c’est à la tête de L’Avenir pour Tous que j’ai pu préciser qu’avec l’union civile égale en mairie nous ne touchions ni au principe de mariage homosexuel, ni à la parenté d’intention, du moment qu’elle ne se substitue pas par principe et hors sexuation au droit à sa filiation biologique de l’enfant.

Comme je vous l’ai dit ce matin, à l’Avenir pour Tous nous ne combattons ni les couples de même sexe, ni les familles de cœur, ni le choix de vie des personnes : nous souhaitons sortir de l’anonymat des origines sur l’acte de naissance, en créant un statut protecteur pour les conjoints non géniteurs qui élèvent et aiment leurs enfants en parents d’intention. Avec le même amour, le mêm cœur.

En fait, et comme le pape François l’a exprimé dans Laudato Si, nous agissons pour préserver, comme pour toutes les espèces vivantes, la loi écologique de procréation naturelle de l’être humain. Elle ne pourra se maintenir, et nous, nous en expliquer, que dans l’apaisement et la sérénité.

C’est bien de cela que je souhaiterais m’entretenir avec vous car le débat depuis 2013 a été littéralement détourné dans les caricatures et les  violences — venant tant des extrêmes de droite catholique qui m’ont exclue du mouvement pour exclure avec moi l’union et les droits des homosexuels comme des familles différentes,  que des associations de défense LGBTI les plus radicales, qui n’écoutaient pas la différence fondamentale que je portais avec les intransigeants du mariage homme-femme. Cette violence injuste, que vous avez vous-même reconnue à l’encontre du peuple des manifs « méprisé » et interdit de s’exprimer, s’est manifestée par des mois d’injures et de diffamations publiques à notre encontre, de la part d’anonymes comme de personnalités en vue, et s’est soldée par l’expulsion de ma famille de notre appartement de 32 ans de vie.

Je serai demain encore au tribunal pour avoir été traitée de « pute » en direct par un animateur connu. L’affaire sera plaidée par l’ancien bâtonnier, Me Pierre-Olivier Sur, devant la XVIIème chambre du TGI de Paris, dont vous avez précisé dans votre lettre aux LGBTI  que les magistrats sont bien formés contre la haine anti-LGBTI. Ils sauront ainsi discerner que rien dans mes propos ni dans mon comportement de préservation de la filiation génitrice des enfants n’a jamais constitué la moindre homophobie envers les personnes homosexuelles, et que l’insulte dont j’ai fait l’objet ne peut m’être adressée « pour rire », sans mépriser tous ces citoyens et toutes ces citoyennes au nom desquels je m’exprime : ils sont sincèrement attachées aux valeurs de respect de l’enfant et de toutes les familles. Ils sont sincèrement ouverts aux couples homosexuels.

Avec l’espoir que suscitent votre jeunesse, votre souplesse, votre famille atypique autant que votre élection hors norme,  les Français pressentent que s’ouvre une nouvelle ère démocratique où la violence, l’injure et l’insulte ne seront plus un mode d’expression acceptable dans le champ politique, et encore moins lorsque les adversaires s’affronteront sur leurs convictions.

Ces Français et leurs familles, qui ont massivement voté pour vous malgré leur forte divergence de fond sur la filiation de l’enfant, souhaitent aujourd’hui apaiser le débat et échanger avec leur nouveau chef d’Etat.

C’est pourquoi je vous renouvelle ma demande d’un entretien. J’ai bon espoir que le président du dialogue et de la réconciliation que vous voulez être saura répondre positivement, comme ce matin, à ma sollicitation. Je serais heureuse, et nombre de Français avec moi, de pouvoir vous présenter l’action de l’Avenir pour Tous et notre travail d’information auprès des personnes croyantes et agnostiques comme des familles « traditionnelles », en ce qui concerne l’équilibre à trouver entre les droits des enfants et ceux des adultes, dont les personnes LGBTI, dans leurs diversité de genres et de modes de vie.

Dans l’espérance de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à mes vœux de réussite pour votre quinquennat, de paix et de prospérité pour notre pays et à mes sentiments sincères et bienveillants pour notre République.

Virginie Tellenne,

Déléguée générale de L’Avenir pour Tous

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